Hier, nous avons visitĂ© le Sivananda Ashram, lâun des plus grands et des plus rĂ©putĂ©s de Rishikesh.
Un lieu chargĂ© dâhistoire, fondĂ© sur les enseignements de Swami Sivananda, oĂč la vibration du sacrĂ© se ressent dans chaque pierre, chaque regard, chaque silence.
Autour de moi, beaucoup ont Ă©tĂ© bouleversĂ©s : certains ont pleurĂ©, dâautres ont senti une chaleur, une expansion, un Ă©lan du cĆur.
Moi, en sortant, jâai ressenti une oppression.
Pas dâouverture soudaine, pas dâĂ©motion extatique, juste ce poids lĂ©ger sur la poitrine, comme un souffle retenu.
Au début, je me suis demandé :
âPourquoi pas moi ? Pourquoi je ne ressens rien ?â
Et puis, peu à peu, la réponse est venue.
Avant dâarriver Ă lâashram, nous avions traversĂ© les rues animĂ©es de Rishikesh : les klaxons, les marchands, les couleurs, les chants, la vie partout.
Toute cette agitation, aussi fascinante quâĂ©puisante, avait dĂ©jĂ saturĂ© mes sens.
Mon corps, mon espace intĂ©rieur, nâavait plus de place.
Alors, au lieu de sâouvrir, il sâest protĂ©gĂ©.
Pas par fermeture du cĆur.
Mais par sagesse.
Parce que se protĂ©ger, ce nâest pas refuser lâĂ©nergie, câest la recevoir Ă son rythme, quand le moment sera juste.
Câest un rĂ©flexe dâamour envers soi, une maniĂšre de dire :
âLaisse-moi dâabord retrouver le silence avant dâaccueillir la lumiĂšre.â
Je crois que lâĂ©nergie du Sivananda Ashram ne mâa pas traversĂ©e sur lâinstant.
Elle sâest dĂ©posĂ©e plus subtilement, comme une graine invisible.
Certains reçoivent par une vague, dâautres par une brise.
Moi, jâai reçu en diffĂ©rĂ©, dans ce calme aprĂšs lâintensitĂ©.
Aujourdâhui, je ne vois plus cette ânon-rĂ©actionâ comme un manque,
mais comme une autre forme de sensibilitĂ©, celle du roseau qui plie avant de sâouvrir Ă la lumiĂšre.
Parce quâen vĂ©ritĂ©,
mĂȘme quand rien ne semble se passerâŠ
quelque chose en nous se transforme dĂ©jĂ . đž
